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Benozzo Gozzoli · 1468-1484
Abraham et Agar
« […] Je restai sans oser faire un mouvement ; il était encore devant nous, grand, dans sa robe de nuit blanche sous le cachemire de l’Inde violet et rose qu’il nouait autour de sa tête depuis qu’il avait des névralgies, avec le geste d’Abraham dans la gravure d’après Benozzo Gozzoli que m’avait donnée M. Swann, disant à Sarah qu’elle a à se départir du côté d’Isaac. […] »
Du côté de chez Swann1 passage
James McNeill Whistler · 1884
Arrangement en noir : portrait de Pablo de Sarasate
« […] J’eus tout le loisir (comme il feignait d’être absorbé dans une partie de whist simulée qui lui permettait de ne pas avoir l’air de voir les gens) d’admirer la volontaire et artiste simplicité de son frac qui, par des riens qu’un couturier seul eût discernés, avait l’air d’une « Harmonie » noir et blanc de Whistler ; noir, blanc et rouge plutôt, car M. de Charlus portait, suspendue à un large cordon au jabot de l’habit, la croix en émail blanc, noir et rouge de Chevalier de l’Ordre religieux de Malte. […] »
Sodome et Gomorrhe1 passage
Adam Frans van der Meulen · vers 1675
Arrivée de Louis XIV au camp de Maastricht (juin 1673)
« […] les nuages s’accumulent contre le ciel bleu dans le style de Van der Meulen […] »
Le Côté de Guermantes1 passage
Jacopo Tintoret · vers 1588
Autoportrait
« […] dans un portrait de Tintoret, l’envahissement du gras de la joue par l’implantation des premiers poils des favoris, la cassure du nez, la pénétration du regard, la congestion des paupières du docteur du Boulbon […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Pierre-Auguste Renoir · 1876
Bal du moulin de la Galette
« […] comme la Révolution en détruisant les élégances du XVIIIe aurait pu désoler un peintre de Fêtes galantes ou affliger Renoir la disparition de Montmartre et du Moulin de la Galette […] »
Le Temps retrouvé1 passage
Rembrandt · 1654
Bethsabée au bain tenant la lettre de David
« […] Eh bien, cette beauté nouvelle, elle reste identique dans toutes les œuvres de Dostoïevski : la femme de Dostoïevski (aussi particulière qu’une femme de Rembrandt), avec son visage mystérieux, dont la beauté avenante se change brusquement comme si elle avait joué la comédie de la bonté, en une insolence terrible (bien qu’au fond il semble qu’elle soit plutôt bonne), n’est-ce pas toujours la même, que ce soit Nastasia Philipovna écrivant des lettres d’amour à Aglaé et lui avouant qu’elle la hait, ou, dans une visite entièrement identique à celle-là — à celle aussi où Nastasia Philipovna insulte les parents de Vania — Grouchenka, aussi gentille chez Katherina Ivanovna que celle-ci l’avait crue terrible, puis brusquement dévoilant sa méchanceté en insultant Katherina Ivanovna (bien que Grouchenka au fond soit bonne) ; Grouchenka, Nastasia, figures aussi originales, aussi mystérieuses, non pas seulement que les courtisanes de Carpaccio mais que la Bethsabée de Rembrandt. […] »
La Prisonnière1 passage
Antoine van Dyck · vers 1635
Charles Ier à la chasse
« […] Par moment, dans les passages qu’elle jouait le plus souvent, où elle avait l’habitude de faire telle réflexion qui me paraissait alors charmante, de suggérer telle réminiscence, je me disais : « Pauvre petite », mais sans tristesse, en ajoutant seulement au passage musical une valeur de plus, une valeur en quelque sorte historique et de curiosité, comme celle que le tableau de Charles Ier par Van Dyck, déjà si beau par lui-même, acquiert encore du fait qu’il est entré dans les collections nationales, par la volonté de Mme du Barry d’impressionner le Roi. […] »
Albertine disparue1 passage
Vittore Carpaccio · 1502-1507
Cycle de la Scuola di San Giorgio degli Schiavoni
« […] J’aurais le même ravissement que le jour où une gondole m’emmènerait au pied du Titien des Frari ou des Carpaccio de San Giorgio dei Schiavoni, si jamais j’entendais réciter par la Berma les vers : « On dit qu’un prompt départ vous éloigne de nous, Seigneur, etc. ». […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs2 passages
Vittore Carpaccio · vers 1490
Deux Dames vénitiennes (« les Courtisanes »)
« […] Eh bien, cette beauté nouvelle, elle reste identique dans toutes les œuvres de Dostoïevski : la femme de Dostoïevski (aussi particulière qu’une femme de Rembrandt), avec son visage mystérieux, dont la beauté avenante se change brusquement comme si elle avait joué la comédie de la bonté, en une insolence terrible (bien qu’au fond il semble qu’elle soit plutôt bonne), n’est-ce pas toujours la même, que ce soit Nastasia Philipovna écrivant des lettres d’amour à Aglaé et lui avouant qu’elle la hait, ou, dans une visite entièrement identique à celle-là — à celle aussi où Nastasia Philipovna insulte les parents de Vania — Grouchenka, aussi gentille chez Katherina Ivanovna que celle-ci l’avait crue terrible, puis brusquement dévoilant sa méchanceté en insultant Katherina Ivanovna (bien que Grouchenka au fond soit bonne) ; Grouchenka, Nastasia, figures aussi originales, aussi mystérieuses, non pas seulement que les courtisanes de Carpaccio mais que la Bethsabée de Rembrandt. […] »
La Prisonnière1 passage
Johannes Vermeer · vers 1653-1654
Diane et ses compagnes
« […] Il était persuadé qu’une « Toilette de Diane » qui avait été achetée par le Mauritshuis à la vente Goldschmidt comme un Nicolas Maes était en réalité de Ver Meer. Et il aurait voulu pouvoir étudier le tableau sur place pour étayer sa conviction. Mais quitter Paris pendant qu’Odette y était et même quand elle était absente — car dans des lieux nouveaux où les sensations ne sont pas amorties par l’habitude, on retrempe, on ranime une douleur — c’était pour lui un projet si cruel, qu’il ne se sentait capable d’y penser sans cesse que parce qu’il se savait résolu à ne l’exécuter jamais. […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Andrea Mantegna · 1448-1457
Fresques de la chapelle Ovetari
« […] Il semblait précisément appartenir à cette race disparue — ou qui peut-être n’exista jamais que dans le retable de San Zeno et les fresques des Eremitani où Swann l’avait approchée et où elle rêve encore — issue de la fécondation d’une statue antique par quelque modèle padouan du Maître ou quelque saxon d’Albert Dürer. […] »
Du côté de chez Swann1 passage
James McNeill Whistler · 1865
Harmonie en bleu et argent : Trouville
« […] Mais comme Elstir, quand la baie de Balbec ayant perdu son mystère, étant devenue pour moi une partie quelconque interchangeable avec toute autre des quantités d’eau salée qu’il y a sur le globe, lui avait tout d’un coup rendu une individualité en me disant que c’était le golfe d’opale de Whistler dans ses harmonies bleu argent, ainsi le nom de Guermantes avait vu mourir sous les coups de Françoise la dernière demeure issue de lui […] »
Le Côté de Guermantes1 passage
Antoine Watteau · vers 1715-1716
Huit études de têtes
« […] et la vie d’Odette pendant le reste du temps, comme il n’en connaissait rien, lui apparaissait avec son fond neutre et sans couleur, semblable à ces feuilles d’études de Watteau, où on voit çà et là, à toutes les places, dans tous les sens, dessinés aux trois crayons sur le papier chamois, d’innombrables sourires. […] »
Du côté de chez Swann2 passages
William Hogarth · 1730
John et Elizabeth Jeffreys et leurs enfants
« […] laquelle ressemblait au portrait de Jeffries par Hogarth, le teint rouge comme si sa boisson favorite avait été plutôt le gin que le thé […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Gustave Moreau · 1895
Jupiter et Sémélé
« Et je me demandais par quel hasard, dans la lunette indifférente à travers laquelle Mme de Villeparisis considérait d’assez loin l’agitation sommaire, minuscule et vague de la foule des gens qu’elle connaissait, se trouvait intercalé à l’endroit où elle considérait mon père un morceau de verre prodigieusement grossissant qui lui faisait voir avec tant de relief et dans le plus grand détail tout ce qu’il avait d’agréable, les contingences qui le forçaient à revenir, ses ennuis de douane, son goût pour le Greco, et, changeant pour elle l’échelle de sa vision, lui montrait ce seul homme si grand au milieu des autres, tout petits, comme ce Jupiter à qui Gustave Moreau a donné, quand il l’a peint à côté d’une faible mortelle, une stature plus qu’humaine. »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Bernardino Luini · vers 1520-1525
L’Adoration des Mages
« […] ne fait dans la fresque de Luini le charmant roi mage, au nez busqué, aux cheveux blonds […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Gustave Moreau · vers 1876
L’Apparition
« […] chatoyant amalgame d’éléments inconnus et diaboliques, serti, comme une apparition de Gustave Moreau, de fleurs vénéneuses entrelacées à des joyaux précieux […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Titien · 1516-1518
L’Assomption de la Vierge
« […] J’aurais le même ravissement que le jour où une gondole m’emmènerait au pied du Titien des Frari ou des Carpaccio de San Giorgio dei Schiavoni, si jamais j’entendais réciter par la Berma les vers : « On dit qu’un prompt départ vous éloigne de nous, Seigneur, etc. ». […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Antoine Watteau · 1717
L’Embarquement pour Cythère
« […] d’un air fin et Watteau, si elle est jeune, la « petite duchesse de » […] »
Le Côté de Guermantes1 passage
Nicolas Poussin · vers 1631
L’Empire de Flore
« […] un petit nuage d’une couleur précieuse, pareil à celui qui, bombé au-dessus d’un beau jardin du Poussin, reflète minutieusement comme un nuage d’opéra, plein de chevaux et de chars, quelque apparition de la vie des dieux […] »
Du côté de chez Swann2 passages
Jean-Siméon Chardin · 1738
L’Enfant au toton
« […] le nœud de velours, la coque de ruban qui eussent ravi dans un portrait de Chardin ou de Whistler […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Giotto · vers 1305
L’Envie
« […] L’Envie, elle, aurait eu davantage une certaine expression d’envie. Mais dans cette fresque-là encore, le symbole tient tant de place et est représenté comme si réel, le serpent qui siffle aux lèvres de l’Envie est si gros, il lui remplit si complètement sa bouche grande ouverte, que les muscles de sa figure sont distendus pour pouvoir le contenir, comme ceux d’un enfant qui gonfle un ballon avec son souffle, et que l’attention de l’Envie — et la nôtre du même coup — tout entière concentrée sur l’action de ses lèvres, n’a guère de temps à donner à d’envieuses pensées. […] »
Du côté de chez Swann2 passages
Antoine Watteau · vers 1717
L’Indifférent
« […] les soies claires et mousseuses de peignoirs Watteau desquelles elle faisait le geste de caresser sur ses seins l’écume fleurie […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Diego Vélasquez · vers 1651-1652
L’Infante Marie-Thérèse
« […] Voulez-vous ma pensée ? Je crois que c’est un Vélasquez et de la plus belle époque […] »
Le Côté de Guermantes1 passage
Giotto · vers 1305
L’Infidélité (l’Idolâtrie)
« Un des matins qui suivirent celui où Andrée m’avait dit qu’elle était obligée de rester auprès de sa mère, je faisais quelques pas avec Albertine que j’avais aperçue, élevant au bout d’un cordonnet un attribut bizarre qui la faisait ressembler à l’« Idolâtrie » de Giotto ; il s’appelle d’ailleurs un « diabolo » et est tellement tombé en désuétude que devant le portrait d’une jeune fille en tenant un, les commentateurs de l’avenir pourront disserter comme devant telle figure allégorique de l’Arêna, sur ce qu’elle a dans la main. […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Giotto · vers 1305
L’Injustice
« Malgré toute l’admiration que M. Swann professait pour ces figures de Giotto, je n’eus longtemps aucun plaisir à considérer dans notre salle d’études, où on avait accroché les copies qu’il m’en avait rapportées, cette Charité sans charité, cette Envie qui avait l’air d’une planche illustrant seulement dans un livre de médecine la compression de la glotte ou de la luette par une tumeur de la langue ou par l’introduction de l’instrument de l’opérateur, une Justice, dont le visage grisâtre et mesquinement régulier était celui-là même qui, à Combray, caractérisait certaines jolies bourgeoises pieuses et sèches que je voyais à la messe et dont plusieurs étaient enrôlées d’avance dans les milices de réserve de l’Injustice. […] »
Du côté de chez Swann2 passages
Auguste Renoir · 1876
La Balançoire
« […] Il y eut un temps où on reconnaissait bien les choses quand c’était Fromentin qui les peignait et où on ne les reconnaissait plus quand c’était Renoir. »
Le Côté de Guermantes1 passage
Paolo Véronèse · vers 1560
La Belle Nani
« […] les nobles surfaces de degrés de marbre, éclaboussées à tout moment d’un éclair de soleil glauque, et qui à l’utile leçon de Chardin, reçue autrefois, ajoutaient celle de Véronèse […] »
Albertine disparue1 passage
Camille Corot · 1830
La Cathédrale de Chartres
« […] elle se renseignait auprès de Swann si quelque grand peintre ne les avait pas représentés, et préférait me donner des photographies de la Cathédrale de Chartres par Corot, des Grandes Eaux de Saint-Cloud par Hubert Robert, du Vésuve par Turner, ce qui faisait un degré d’art de plus. […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Léonard de Vinci · 1495-1498
La Cène
« […] Elle demandait à Swann si l’œuvre n’avait pas été gravée, préférant, quand c’était possible, des gravures anciennes et ayant encore un intérêt au delà d’elles-mêmes, par exemple celles qui représentent un chef-d’œuvre dans un état où nous ne pouvons plus le voir aujourd’hui (comme la gravure de la Cène de Léonard avant sa dégradation, par Morgan). […] »
Du côté de chez Swann2 passages
Giotto · vers 1305
La Charité
« […] C’est lui-même qui nous l’avait fait remarquer et quand il nous demandait des nouvelles de la fille de cuisine, il nous disait : « Comment va la Charité de Giotto ? » D’ailleurs elle-même, la pauvre fille, engraissée par sa grossesse, jusqu’à la figure, jusqu’aux joues qui tombaient droites et carrées, ressemblait en effet assez à ces vierges, fortes et hommasses, matrones plutôt, dans lesquelles les vertus sont personnifiées à l’Arena. […] »
Du côté de chez Swann2 passages
Michel-Ange · 1511
La Création des astres et des plantes
« […] Car les arbres continuaient à vivre de leur vie propre et, quand ils n’avaient plus de feuilles, elle brillait mieux sur le fourreau de velours vert qui enveloppait leurs troncs ou dans l’émail blanc des sphères de gui qui étaient semées au faîte des peupliers, rondes comme le soleil et la lune dans la Création de Michel-Ange. […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Léonard de Vinci · vers 1503-1519
La Joconde
« […] « Au moins, disait à côté de moi une femme assez commune, elle se dépense celle-là, elle se frappe à se faire mal, elle court, parlez-moi de ça, c’est jouer. » Et heureux de trouver ces raisons de la supériorité de la Berma, tout en me doutant qu’elles ne l’expliquaient pas plus que celle de la Joconde, ou du Persée de Benvenuto, l’exclamation d’un paysan : « C’est bien fait tout de même ! c’est tout en or, et du beau ! quel travail ! », je partageai avec ivresse le vin grossier de cet enthousiasme populaire. […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs3 passages
Giotto · vers 1305
La Justice
« Malgré toute l’admiration que M. Swann professait pour ces figures de Giotto, je n’eus longtemps aucun plaisir à considérer dans notre salle d’études, où on avait accroché les copies qu’il m’en avait rapportées, cette Charité sans charité, cette Envie qui avait l’air d’une planche illustrant seulement dans un livre de médecine la compression de la glotte ou de la luette par une tumeur de la langue ou par l’introduction de l’instrument de l’opérateur, une Justice, dont le visage grisâtre et mesquinement régulier était celui-là même qui, à Combray, caractérisait certaines jolies bourgeoises pieuses et sèches que je voyais à la messe et dont plusieurs étaient enrôlées d’avance dans les milices de réserve de l’Injustice. […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Vittore Carpaccio · 1490-1495
La Légende de sainte Ursule
« […] Il y avait des joutes sur l’eau, comme ici, données généralement en l’honneur de quelque ambassade pareille à celle que Carpaccio a représentée dans la Légende de Sainte Ursule. Les navires étaient massifs, construits comme des architectures, et semblaient presque amphibies comme de moindres Venises au milieu de l’autre, quand amarrés à l’aide de ponts volants, recouverts de satin cramoisi et de tapis persans ils portaient des femmes en brocart cerise ou en damas vert, tout près des balcons incrustés de marbres multicolores où d’autres femmes se penchaient pour regarder, dans leurs robes aux manches noires à crevés blancs serrés de perles ou ornés de guipures. […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Sandro Botticelli · vers 1483
La Madone du Magnificat
« […] Odette qui au contraire cherchait non à faire ressortir, mais à compenser, à dissimuler ce qui, en elle-même, ne lui plaisait pas, ce qui était peut-être, pour un artiste, son « caractère », mais que, comme femme, elle trouvait des défauts, ne voulait pas entendre parler de ce peintre. Swann possédait une merveilleuse écharpe orientale, bleue et rose, qu’il avait achetée parce que c’était exactement celle de la Vierge du Magnificat. […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Sandro Botticelli · vers 1485
La Naissance de Vénus
« […] si elle avait pu l’aider à comprendre quelque chose du sourire ou des regards — pourtant si honnêtes et si simples — d’Odette, plus de passion que l’esthéticien qui interroge les documents subsistant de la Florence du XVe siècle pour tâcher d’entrer plus avant dans l’âme de la Primavera, de la bella Vanna, ou de la Vénus de Botticelli. […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Diego Vélasquez · 1634-1635
La Reddition de Bréda
« — Comme dans les Lances de Vélasquez, continua-t-il, le vainqueur s’avance vers celui qui est le plus humble, comme le doit tout être noble, puisque j’étais tout et que vous n’étiez rien, c’est moi qui ai fait les premiers pas vers vous. Vous avez sottement répondu à ce que ce n’est pas à moi à appeler de la grandeur. […] »
Le Côté de Guermantes1 passage
Rembrandt · 1642
La Ronde de nuit
« — Ça a l’air fait avec rien, reprit le peintre, pas plus moyen de découvrir le truc que dans la Ronde ou les Régentes et c’est encore plus fort comme patte que Rembrandt et que Hals. Tout y est, mais non, je vous jure. »
Du côté de chez Swann3 passages
Jean-Auguste-Dominique Ingres · 1856
La Source
« […] Du reste, il n’y a pas lieu de se mettre autant martel en tête pour creuser la peinture de M. Elstir que s’il s’agissait de la Source d’Ingres ou des Enfants d’Édouard de Paul Delaroche. Ce qu’on apprécie là dedans, c’est que c’est finement observé, amusant, parisien, et puis on passe. […] »
Le Côté de Guermantes1 passage
Sandro Botticelli · vers 1487
La Vierge à la grenade
« […] Elle rappelait ainsi, plus encore qu’il ne le trouvait d’habitude, les figures de femmes du peintre de la Primavera. Elle avait en ce moment leur visage abattu et navré qui semble succomber sous le poids d’une douleur trop lourde pour elles, simplement quand elles laissent l’enfant Jésus jouer avec une grenade ou regardent Moïse verser de l’eau dans une auge. […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Ernest Hébert · 1872
La Vierge de la Délivrande
« […] que direz-vous de la « Vierge » d’Hébert ou de Dagnan-Bouveret ? »
Le Côté de Guermantes1 passage
James Tissot · 1868
Le Cercle de la rue Royale
« […] Si dans le tableau de Tissot représentant le balcon du Cercle de la rue Royale, où vous êtes entre Galliffet, Edmond de Polignac et Saint-Maurice, on parle tant de vous, c’est parce qu’on voit qu’il y a quelques traits de vous dans le personnage de Swann. »
La Prisonnière1 passage
Benozzo Gozzoli · 1459-1461
Le Cortège des Rois mages
« […] Mais si on avait écouté Swann, les cortèges des rois mages, déjà si anachroniques quand Benozzo Gozzoli y introduisit les Médicis, l’eussent été davantage encore puisqu’ils eussent contenu les portraits d’une foule d’hommes, contemporains non de Gozzoli mais de Swann, c’est-à-dire postérieurs non plus seulement de quinze siècles à la Nativité, mais de quatre au peintre lui-même. […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Fra Angelico · 1434-1435
Le Couronnement de la Vierge
« […] éblouissait Florence de fonds d’or pareils à ceux de l’Angelico […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Gustave Moreau · 1865
Le Jeune Homme et la Mort
« […] Je vous assure, ajouta Mme de Guermantes, — en ralentissant son débit pour mettre encore mieux en relief les mots qu’elle avait l’air de modeler avec la moue de ses belles lèvres, le fuselage de ses longues mains expressives, et tout en attachant sur la princesse un regard doux, fixe et profond, — qu’avec les palmettes et la couronne d’or qui était à côté, c’était émouvant ; c’était tout à fait l’arrangement du jeune Homme et la Mort de Gustave Moreau (Votre Altesse connaît sûrement ce chef-d’œuvre). […] »
Le Côté de Guermantes2 passages
Sandro Botticelli · vers 1480
Le Printemps (Primavera)
« […] Elle rappelait ainsi, plus encore qu’il ne le trouvait d’habitude, les figures de femmes du peintre de la Primavera. Elle avait en ce moment leur visage abattu et navré qui semble succomber sous le poids d’une douleur trop lourde pour elles, simplement quand elles laissent l’enfant Jésus jouer avec une grenade ou regardent Moïse verser de l’eau dans une auge. […] »
Du côté de chez Swann3 passages
Édouard Detaille · 1888
Le Rêve
« […] « Venez, monsieur Detaille, disait la princesse, je vais vous présenter à Mme de Villemur. » Celle-ci mettait alors autant d’ingéniosité à faire une place à l’auteur du Rêve que tout à l’heure à se tourner vers lui. Et la princesse s’avançait une chaise pour elle-même ; elle n’avait en effet interpellé Mme de Villemur que pour avoir un prétexte de quitter le premier groupe où elle avait passé les dix minutes de règle, et d’accorder une durée égale de présence au second. […] »
Sodome et Gomorrhe1 passage
Charles Gleyre · avant 1843
Le Soir, dit aussi Les Illusions perdues
« […] un paysage de Gleyre où elle découpe nettement sur le ciel une faucille d’argent […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Artiste anonyme · Ier siècle av. J.-C.
Le Tireur d’épine (Spinario)
« […] comme ces peintres qui cherchant la grandeur de l’antique dans la vie moderne donnent à une femme qui se coupe un ongle de pied la noblesse du « Tireur d’épine », ou qui comme Rubens, font des déesses avec des femmes de leur connaissance pour composer une scène mythologique […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Giambattista Tiepolo · 1734-1735
Le Triomphe de Zéphyr et Flore
« […] déjà enveloppée dans son manteau à la Tiepolo, le col enserré dans le fermoir de rubis […] »
Sodome et Gomorrhe1 passage
William Turner · vers 1817-1820
Le Vésuve en éruption
« […] Elle essayait de ruser et, sinon d’éliminer entièrement la banalité commerciale, du moins de la réduire, d’y substituer, pour la plus grande partie, de l’art encore, d’y introduire comme plusieurs « épaisseurs » d’art : au lieu de photographies de la Cathédrale de Chartres, des Grandes Eaux de Saint-Cloud, du Vésuve, elle se renseignait auprès de Swann si quelque grand peintre ne les avait pas représentés, et préférait me donner des photographies de la Cathédrale de Chartres par Corot, des Grandes Eaux de Saint-Cloud par Hubert Robert, du Vésuve par Turner, ce qui faisait un degré d’art de plus. […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Claude Monet · 1892-1894
Les Cathédrales de Rouen
« […] Maintenant, j’admire toujours Manet, c’est entendu, mais je crois que je lui préfère peut-être encore Monet. Ah ! les cathédrales ! » Elle mettait autant de scrupules que de complaisance à me renseigner sur l’évolution qu’avait suivie son goût. […] »
Sodome et Gomorrhe1 passage
Paul Delaroche · 1830
Les Enfants d’Édouard
« […] Du reste, il n’y a pas lieu de se mettre autant martel en tête pour creuser la peinture de M. Elstir que s’il s’agissait de la Source d’Ingres ou des Enfants d’Édouard de Paul Delaroche. Ce qu’on apprécie là dedans, c’est que c’est finement observé, amusant, parisien, et puis on passe. […] »
Le Côté de Guermantes1 passage
Sandro Botticelli · 1481-1482
Les Épreuves de Moïse
« […] Debout à côté de lui, laissant couler le long de ses joues ses cheveux qu’elle avait dénoués, fléchissant une jambe dans une attitude légèrement dansante pour pouvoir se pencher sans fatigue vers la gravure qu’elle regardait, en inclinant la tête, de ses grands yeux, si fatigués et maussades quand elle ne s’animait pas, elle frappa Swann par sa ressemblance avec cette figure de Zéphora, la fille de Jéthro, qu’on voit dans une fresque de la chapelle Sixtine. […] »
Du côté de chez Swann4 passages
Paolo Véronèse · 1563
Les Noces de Cana
« […] Un ou deux profils sur la mer, moins beaux assurément que ceux des femmes de Véronèse que j’aurais dû, si j’avais obéi à des raisons purement esthétiques, lui préférer. […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs3 passages
Claude Monet · série, 1897-1926
Les Nymphéas
« — Pour revenir à des sujets plus intéressants, reprit la sœur de Legrandin qui disait : « Ma mère » à la vieille marquise, mais, avec les années, avait pris des façons insolentes avec elle, vous parliez de nymphéas : je pense que vous connaissez ceux que Claude Monet a peints. […] »
Sodome et Gomorrhe1 passage
Auguste Renoir · vers 1881-1886
Les Parapluies
« […] Des femmes passent dans la rue, différentes de celles d’autrefois, puisque ce sont des Renoir, ces Renoir où nous nous refusions jadis à voir des femmes. Les voitures aussi sont des Renoir, et l’eau, et le ciel […] »
Le Côté de Guermantes1 passage
Frans Hals · 1664
Les Régentes de l’hospice des vieillards de Haarlem
« — Ça a l’air fait avec rien, reprit le peintre, pas plus moyen de découvrir le truc que dans la Ronde ou les Régentes et c’est encore plus fort comme patte que Rembrandt et que Hals. Tout y est, mais non, je vous jure. »
Du côté de chez Swann2 passages
Giotto · vers 1305
Les Vices et les Vertus
« […] partie destinée à figurer le tout qui rappela à Swann, grand admirateur des Vices et des Vertus de Giotto à Padoue, cet Injuste à côté duquel un rameau feuillu évoque les forêts où se cache son repaire. »
Du côté de chez Swann2 passages
Jean-Marc Nattier · 1740
Madame de Châteauroux en Aurore
« […] — Pas content ! d’un des chefs-d’œuvre de notre époque, égal à la duchesse de Châteauroux de Nattier et qui, du reste, ne prétendait pas à fixer une moins majestueuse et meurtrière déesse ! Oh ! le petit col bleu ! C’est-à-dire que jamais Ver Meer n’a peint une étoffe avec plus de maîtrise, ne le disons pas trop haut pour que Swann ne s’attaque pas à nous dans l’intention de venger son peintre favori, le maître de Delft. […] »
Sodome et Gomorrhe1 passage
Auguste Renoir · 1878
Madame Georges Charpentier et ses enfants
« […] La poésie d’un élégant foyer et des belles toilettes de notre temps ne se trouvera-t-elle pas plutôt, pour la postérité, dans le salon de l’éditeur Charpentier par Renoir que dans le portrait de la princesse de Sagan ou de la comtesse de la Rochefoucauld par Cotte ou Chaplin ? […] »
Le Temps retrouvé1 passage
James McNeill Whistler · 1865
Mer et pluie
« […] Et parfois sur le ciel et la mer uniformément gris, un peu de rose s’ajoutait avec un raffinement exquis, cependant qu’un petit papillon qui s’était endormi au bas de la fenêtre semblait apposer avec ses ailes, au bas de cette « harmonie gris et rose » dans le goût de celles de Whistler, la signature favorite du maître de Chelsea. […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Édouard Manet · 1863
Olympia
« […] la distance infranchissable entre ce qu’ils jugeaient un chef-d’œuvre d’Ingres et ce qu’ils croyaient devoir rester à jamais une horreur (par exemple l’Olympia de Manet) diminuer jusqu’à ce que les deux toiles eussent l’air jumelles. […] »
Le Côté de Guermantes2 passages
Benvenuto Cellini · 1545-1554
Persée tenant la tête de Méduse
« […] « Au moins, disait à côté de moi une femme assez commune, elle se dépense celle-là, elle se frappe à se faire mal, elle court, parlez-moi de ça, c’est jouer. » Et heureux de trouver ces raisons de la supériorité de la Berma, tout en me doutant qu’elles ne l’expliquaient pas plus que celle de la Joconde, ou du Persée de Benvenuto, l’exclamation d’un paysan : « C’est bien fait tout de même ! c’est tout en or, et du beau ! quel travail ! », je partageai avec ivresse le vin grossier de cet enthousiasme populaire. […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Rembrandt · 1632
Philosophe en méditation
« […] sombre comme l’intérieur d’un Temple asiatique peint par Rembrandt […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Michel-Ange · 1508-1512
Plafond de la chapelle Sixtine
« […] La joie que lui avaient causée telles sonorités, les forces accrues qu’elle lui avait données pour en découvrir d’autres, menaient encore l’auditeur de trouvaille en trouvaille, ou plutôt c’était le créateur qui le conduisait lui-même, puisant, dans les couleurs qu’il venait de trouver, une joie éperdue qui lui donnait la puissance de découvrir, de se jeter sur celles qu’elles semblaient appeler, ravi, tressaillant comme au choc d’une étincelle, quand le sublime naissait de lui-même de la rencontre des cuivres, haletant, grisé, affolé, vertigineux, tandis qu’il peignait sa grande fresque musicale, comme Michel-Ange attaché à son échelle et lançant, la tête en bas, de tumultueux coups de brosse au plafond de la chapelle Sixtine. […] »
La Prisonnière1 passage
Pisanello · vers 1435-1440
Portrait d’une princesse de la maison d’Este
« […] le profil de la reine Victoria y avait l’air tracé par Pisanello […] »
Le Temps retrouvé1 passage
Rembrandt · 1654
Portrait de Jan Six
« […] Mais Swann, un homme intelligent, d’une délicatesse éprouvée, un fin connaisseur en tableaux, un familier du duc de Chartres, de Gilbert lui-même ! » Le ton dont M. de Guermantes disait cela était d’ailleurs parfaitement sympathique, sans ombre de la vulgarité qu’il montrait trop souvent. Il parlait avec une tristesse légèrement indignée, mais tout en lui respirait cette gravité douce qui fait le charme onctueux et large de certains personnages de Rembrandt, le bourgmestre Six par exemple. […] »
Sodome et Gomorrhe1 passage
Fra Bartolomeo · vers 1498
Portrait de Jérôme Savonarole
« […] C’est exactement le portrait de Savonarole par Fra Bartolomeo. » Cette manie qu’avait Swann de trouver ainsi des ressemblances dans la peinture était défendable, car même ce que nous appelons l’expression individuelle est — comme on s’en rend compte avec tant de tristesse quand on aime et qu’on voudrait croire à la réalité unique de l’individu — quelque chose de général, et a pu se rencontrer à différentes époques. […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Rembrandt Harmenszoon van Rijn · 1660
Portrait de l’artiste au chevalet
« […] Et c’est ainsi que peu à peu se font ces terribles figures ravagées, du vieux Rembrandt, du vieux Beethoven de qui tout le monde se moquait. […] »
Le Temps retrouvé1 passage
Franz Xaver Winterhalter · 1857
Portrait de l’impératrice Maria Alexandrovna
« […] voulut baiser la main de la dame pareille à un portrait de Winterhalter qui la releva et l’embrassa […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Gentile Bellini · 1480
Portrait de Mehmed II
« — Ah ! oui, ce garçon que j’ai vu une fois ici, qui ressemble tellement au portrait de Mahomet II par Bellini. Oh ! c’est frappant, il a les mêmes sourcils circonflexes, le même nez recourbé, les mêmes pommettes saillantes. Quand il aura une barbiche ce sera la même personne. […] »
Du côté de chez Swann2 passages
Gentile Bellini · 1496
Procession sur la place Saint-Marc
« […] Elle a d’ailleurs pour ces reconstitutions des données plus précises que n’en ont généralement les restaurateurs : quelques images conservées par ma mémoire, les dernières peut-être qui existent encore actuellement, et destinées à être bientôt anéanties, de ce qu’était le Combray du temps de mon enfance ; et, parce que c’est lui-même qui les a tracées en moi avant de disparaître, émouvantes — si on peut comparer un obscur portrait à ces effigies glorieuses dont ma grand’mère aimait à me donner des reproductions — comme ces gravures anciennes de la Cène ou ce tableau de Gentile Bellini, dans lesquels l’on voit en un état qui n’existe plus aujourd’hui le chef-d’œuvre de Vinci et le portail de Saint-Marc. »
Du côté de chez Swann1 passage
Andrea Mantegna · 1457-1460
Retable de San Zeno
« […] Il semblait précisément appartenir à cette race disparue — ou qui peut-être n’exista jamais que dans le retable de San Zeno et les fresques des Eremitani où Swann l’avait approchée et où elle rêve encore — issue de la fécondation d’une statue antique par quelque modèle padouan du Maître ou quelque saxon d’Albert Dürer. […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Vittore Carpaccio · 1502
Saint Georges et le Dragon
« — Oui, c’est si joli ce que vous m’avez dit là-dessus en comparaison du Saint-Georges de Venise. Mais je ne comprends pas pourquoi Anubis. »
Le Côté de Guermantes1 passage
Andrea Mantegna
Saint Sébastien
« […] Si je deviens jamais intelligente, ce sera grâce à vous. — Pourquoi, dans une belle journée, détacher ses yeux du Trocadéro dont les tours en cou de girafe font penser à la Chartreuse de Pavie ? — Il m’a rappelé aussi, dominant comme cela sur son tertre, une reproduction de Mantegna que vous avez, je crois que c’est Saint-Sébastien, où il y a au fond une ville en amphithéâtre et où on jurerait qu’il y a le Trocadéro. — Vous voyez bien ! […] »
La Prisonnière1 passage
Phidias · vers 436 av. J.-C.
Statue chryséléphantine de Zeus à Olympie
« […] Au moment où je lui dis au revoir, il se leva poliment de son siège et je sentis la masse inerte de trente millions que la vieille éducation française faisait mouvoir, soulevait, et qui se tenait debout devant moi. Il me semblait voir cette statue de Jupiter Olympien que Phidias, dit-on, avait fondue tout en or. […] »
Le Côté de Guermantes1 passage
J. M. W. Turner · 1843
The Dogana and Santa Maria della Salute, Venice
« […] l’eau comme une combinaison d’hydrogène et d’oxygène, éternelle, aveugle, antérieure et extérieure à Venise, ignorante des Doges et de Turner […] »
Albertine disparue1 passage
Michel-Ange · 1505-1545
Tombeau de Jules II
« […] Et depuis la veille, Françoise, heureuse de s’adonner à cet art de la cuisine pour lequel elle avait certainement un don, stimulée, d’ailleurs, par l’annonce d’un convive nouveau, et sachant qu’elle aurait à composer, selon des méthodes sues d’elle seule, du bœuf à la gelée, vivait dans l’effervescence de la création ; comme elle attachait une importance extrême à la qualité intrinsèque des matériaux qui devaient entrer dans la fabrication de son œuvre, elle allait elle-même aux Halles se faire donner les plus beaux carrés de romsteck, de jarret de bœuf, de pied de veau, comme Michel-Ange passant huit mois dans les montagnes de Carrare à choisir les blocs de marbre les plus parfaits pour le monument de Jules II. […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Michel-Ange · 1520-1534
Tombeaux des Médicis
« […] Françoise dépensait dans ces allées et venues une telle ardeur que maman voyant sa figure enflammée craignait que notre vieille servante ne tombât malade de surmenage comme l’auteur du Tombeau des Médicis dans les carrières de Pietraganta. Et dès la veille Françoise avait envoyé cuire dans le four du boulanger, protégé de mie de pain comme du marbre rose, ce qu’elle appelait du jambon de Nev’York. […] »
À l’ombre des jeunes filles en fleurs1 passage
Édouard Manet · 1880
Une botte d’asperges
« […] Swann avait le toupet de vouloir nous faire acheter une Botte d’Asperges. Elles sont même restées ici quelques jours. Il n’y avait que cela dans le tableau, une botte d’asperges précisément semblables à celles que vous êtes en train d’avaler. Mais moi je me suis refusé à avaler les asperges de M. Elstir. […] »
Le Côté de Guermantes1 passage
Giovanni Battista Piranesi · 1750
Veduta della Piazza del Popolo
« […] et qui donne à cette vue de Paris le caractère de certaines vues de Rome par Piranesi […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Artiste anonyme (grec) · vers 150-125 av. J.-C.
Vénus de Milo
« […] Elles se ressemblaient toutes un peu ; car le duc avait le goût des femmes grandes, à la fois majestueuses et désinvoltes, d’un genre intermédiaire entre la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace ; souvent blondes, rarement brunes, quelquefois rousses, comme la plus récente, laquelle était à ce dîner, cette vicomtesse d’Arpajon qu’il avait tant aimée qu’il la força longtemps à lui envoyer jusqu’à dix télégrammes par jour (ce qui agaçait un peu la duchesse), correspondait avec elle par pigeons voyageurs quand il était à Guermantes, et de laquelle enfin il avait été pendant longtemps si incapable de se passer, qu’un hiver qu’il avait dû passer à Parme, il revenait chaque semaine à Paris, faisant deux jours de voyage pour la voir. »
Le Côté de Guermantes1 passage
Sandro Botticelli · vers 1483-1485
Vénus et les trois Grâces offrant des présents à une jeune fille (Giovanna degli Albizzi, « la bella Vanna »)
« […] Mais lui à qui jusque-là rien n’aurait pu paraître aussi fastidieux que tout ce qui se rapportait à la vie cosmopolite de Bade ou de Nice, apprenant qu’Odette avait peut-être fait autrefois la fête dans ces villes de plaisir, sans qu’il dût jamais arriver à savoir si c’était seulement pour satisfaire à des besoins d’argent que grâce à lui elle n’avait plus, ou à des caprices qui pouvaient renaître, maintenant il se penchait avec une angoisse impuissante, aveugle et vertigineuse vers l’abîme sans fond où étaient allées s’engloutir ces années du début du Septennat pendant lesquelles on passait l’hiver sur la promenade des Anglais, l’été sous les tilleuls de Bade, et il leur trouvait une profondeur douloureuse mais magnifique comme celle que leur eût prêtée un poète ; et il eût mis à reconstituer les petits faits de la chronique de la Côte d’Azur d’alors, si elle avait pu l’aider à comprendre quelque chose du sourire ou des regards — pourtant si honnêtes et si simples — d’Odette, plus de passion que l’esthéticien qui interroge les documents subsistant de la Florence du XVe siècle pour tâcher d’entrer plus avant dans l’âme de la Primavera, de la bella Vanna, ou de la Vénus de Botticelli. […] »
Du côté de chez Swann1 passage
Artiste anonyme (grec) · vers 190 av. J.-C.
Victoire de Samothrace
« Sauf au moment où il avait dit : « plus fort que la Ronde », blasphème qui avait provoqué une protestation de Mme Verdurin qui tenait « la Ronde » pour le plus grand chef-d’œuvre de l’univers avec « la Neuvième » et « la Samothrace », et à : « fait avec du caca » qui avait fait jeter à Forcheville un coup d’œil circulaire sur la table pour voir si le mot passait et avait ensuite amené sur sa bouche un sourire prude et conciliant, tous les convives excepté Swann, avaient attaché sur le peintre des regards fascinés par l’admiration. »
Du côté de chez Swann2 passages
Johannes Vermeer · vers 1660
Vue de Delft
« Je lui dis qu’il y avait sans doute admiré la Vue de Delft de Vermeer. Mais le duc était moins instruit qu’orgueilleux. […] »
Le Côté de Guermantes2 passages
Les notices et les rapprochements avec les œuvres constituent une contribution éditoriale de la Société des Amis de Marcel Proust.